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    April 20

    L'Origine du Monde

    L’origine du Monde

    Il était une fois une manière de sentiment qui vit le jour, en elle, « sans coup férir »… En fait, il ne serait pas honnête de dire que cet élan débarqua sans crier gare. Il se nourrit à l’envi de cet air lourd de promesses alléchantes et … repu, il entreprit enfin de pénétrer, par chacun de ses pores, son esprit et sa substance; il força un jour, n’en pouvant plus d’engorgement, l’entrance de chacun de ses atomes.

    Elle se trouva subitement investie. Elle le sentit presque immédiatement.

    Une sensation presque incommodante au début, toute en brusquerie puis une présence à laquelle elle s’habitua, que chacune des parties de sa personne apprivoisa peu à peu.

    Son esprit finit par être sensible à l’affût ardent et passa, à contrecoeur mais confiant, le relais à ses sens.

    Son odorat fût le premier à percevoir l’harangue sybarite de la moindre note iodée, fleurie-poudrée ou épicée dans chaque fragrance, rejetant toute agression nasale ne répondant pas aux critères de la «sélection sensuelle«.

    Pendant que son goût, tout en tentation, se délectait de ses pulpeux et juteux présages, dans sa bouche humectée. Sa bouche s’arrondissait du « o » du désir, quand venait l’heure de se sustenter et chaque bouchée y pénétrant, devenait littéralement blandice!

    Chaque son émis était musique à ses oreilles et la Musique, Dieu seul sait pourquoi, cachait en son sein, de vivifiantes abîmes secrètes, source incessante d’exaltation chez sa personne. C’est dire!!

    C’était comme si, elle entrait, à chaque fois, en transe…. La moindre éclosion harmonieuse créée par la main de l’Homme, le plus petit "clapotis-ruissellement-glissement-suintement-tintement", de la mélodie desquels seule Dame Nature peut nous faire confidence, la vigueur du jaillissement, la force de la bise dans le feuillage, le gravier qui roule, le pas se faisant langoureux, le piaillement-miaulement-feulement animal, la voix… Oh mon Dieu, la voix! Veloutée ou rauque, stridente ou profonde, traînante ou haletante, pleine ou gringalette, indécente ou retenue, possédée de mots ou stérile… un vivier de sensualité, s’il en est…

    Son regard, quant à lui, perçant qu’il était devenu, passait au travers des gens et ne voyait qu’un falbalas de couleurs irisées, vives en même temps que passées, selon la patte « Hamilton ».

    Les mouvances, devant ses yeux, se faisaient lentes et extatiques, décrivant dans l’espace des figures insensées tout en rotondité. L’agitation se densifiait, « s’éthérisait » …. Sa vision, aussi, se faisait souvent sélective…

    Elle LE voyait avancer constamment, de sa démarche tranquille, les yeux brillants et le sourire lumineux. Il l’approchait, se penchait, il la touchait et il la plongeait dans un univers parallèle dont l’ordonnancement finissait bientôt par se dérober en même temps que sa conscience.

    Mais là où l’embrasement était à son comble, c’était sur toute la surface dermique de son corps. Devenue immense « zone érogène« , sa peau, s’aidant en cela de tous ses capteurs, était manifestement tendue à l’extrême…. par l’attente… tendue à l’extrême…. au paroxysme du désir, à l’orée du Plaisir fantastique.

    Les poils redressés et l’épiderme radouci, attiédi, paré pour la Caresse. Hum! La caresse… Tout un monde… Une déclaration… Un serment… Que ne ferait-on pour une simple caresse? Le fin mets de la peau, son espoir de plénitude.

    Alors, anxieuse, fiévreuse, elle se régalait de celle du Soleil, de celle de l’Alizé chargé d’embruns, de celle de cette main, de cette bouche d’enfant, sa pitchoun, de celle de ce drap de lin ou de ce linge de coton… en attendant celle, enivrante, réconfortante, prometteuse de ce corps d’homme en amour.

    Et chaque muscle, chaque vertèbre, chaque nerfs et tendons, chaque pulsation fluidique, chaque « fondant de chair » logés en elle, chaque creux, chaque courbe, chaque plein, chaque délié, selon la (ré)partition du Bon Dieu participaient à l’apparition furtive, fugace de cette disposition arc-boutée, de celle qui se destine à recevoir.

    C’en était trop de densité lascive, sa constitution en son entier, au bord de l’implosion, criait grâce et rêvait qu’elle se libérait, par saccades irrégulières, en autant de salves de volupté, de ce brûlot, son corps épousant, par trop électrisé décidément!… préférant de loin le soulagement de la dématérialisation à l’affront de la combustion spontanée! Ah que Diable!!

    C’en était trop… Au point d’en érotiser l’espace autour d’elle… Tout prenait instantanément une nouvelle couleur, une nouvelle saveur. C’était une manière de glaçage qui se posait sur toute chose, dans un mouvement de soie et de feutre. Tout prêtait à confusion. Tout prenait une dimension orgiaque ne laissant comme seule issue que la soumission docile à cette furieuse, impérieuse appétence.

    Un moment de pur délice, à dire vrai, cependant… Un instant en suspension entre ce qui n’a pas l’idée d’être et ce qui a ravageusement, délicieusement « consumé »….

    Une attente fébrile, une douleur exquise, la Saison de tous les possibles, la grouillance créatrice et féconde du Monde contenue en une imminence brûlante...  avant que n’intervienne le tournant fatidique, apocalyptique (?)...

    Et enfin, ils s’unirent dans une pétarade d’émotions « arc-en-ciel ». En une myriade cataclysmique, ils s’approprièrent l’essence même du monde, pour un voyage sans retour, au bout duquel meurt une petite partie de soi… chaque fois.

    Cette bribe de soi-même que l’on accepte de concéder, exalté, au Divin suprême, à l’immuable Eternité….